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ENSEMBLE POUR CROSNE

Blog de Christophe De Freitas, conseiller municipal de Crosne

La petite enfance doit être au service des familles et non d’un angélisme idéologique

Publié le 2 Septembre 2013 par Christophe DE FREITAS in Diagnostic, Petite enfance

Chacun connait la difficulté de trouver une solution de garde pour son bébé, parfois dès la connaissance de sa grossesse. Depuis des années, malgré les plans crèches de tous les gouvernements qui se sont succédés, la pénurie persiste, même si l’Ile-de-France est un des mieux pourvues en terme de places et de variété des solutions offertes aux familles (crèche collective ou familiale, crèche parentale ou assistante maternelle indépendante).

A Crosne, l’offre s’est diversifiée en janvier 2007 avec la création de la maison de la petite enfance, imaginée par Geneviève ROCHEREAU la précédente Maire et mise en œuvre par Michel FRUTON-LETARD, son Adjoint. C’est un investissement qui a toutefois coûté plus cher que prévu du fait des dérapages financiers de sa construction. Chaque année, les frais de fonctionnement restent élevés alors que les taux d’occupation pourraient être largement meilleurs. Comment un si bon projet a-t-elle pu déraper à ce point, alors que les besoins des familles gagnent, chaque jour, en importance ?

Je n’épiloguerai pas sur la valse des directrices qui n’a pas favorisé un projet de gestion et qui a créé beaucoup de souffrance parmi les professionnelles.

Je remarque toutefois que l’évolution du nombre de places en petite enfance ne tient qu’au dynamisme des assistantes maternelles indépendantes dont la qualité de l’offre nous est enviée dans le Val d’Yerres, à la fois parce qu’elle reste accessible aux parents (quand on voit les tarifs proposés à Yerres et à Brunoy, c’est un euphémisme) mais aussi par les modalités de prise en charge qu’elles proposent aux familles.

Pourquoi l’offre municipale n’a pas évoluée alors que la loi ouvrait en 2007 et 2010 de nouvelles possibilités, pourtant mises en œuvre dans les Villes du Val d’Yerres (micro-crèche, maison d’assistantes maternelles) et, pire, qu’est-ce qui explique que l’équipe municipale fait preuve d’un aveuglement idéologique dans la gestion des places de sa crèche ?

Pour preuve, le système d’attribution des places repose toujours sur l’antériorité de la demande avec une priorisation pour les enfants porteurs de handicaps, les grossesses multiples et les situations particulières (si vous arrivez à savoir ce que c’est, je suis preneur). Si cela peut s’entendre sur le lancement d’une crèche - car il faut la remplir -avec la montée en puissance de la demande, cela devient inefficace et relève de l’angélisme vis-à-vis des familles.

D’autant que la plupart des critères pratiqués n’est pas connue des familles, voire des financeurs comme la CAF, alors qu’ils doivent tous figurer dans le règlement intérieur.

Si l’accueil des foyers monoparentaux est nécessaire pour permettre au parent seul d’avoir une activité professionnelle et, ce faisant, de ne pas dépendre de la société, encore faut-il que ce ne soit pas une excuse qui ouvre la porte à tous les passe-droits. Quoi de plus simple en effet que de prétexter une recherche d’emploi qui s’éternise, des contrats précaires qu’on ne vérifie jamais pour monopoliser une place qui pourrait être très utile à des familles dont le besoin est avéré. C’est de mauvaise gestion à la fois pour la Ville mais aussi pour les salariées de la structure familiale où ces contrats sont affectés. En effet, ces foyers demandent les contrats les plus importants et ne les honorent pas. Cela entraine une perte financière pour la Ville (les subventions de la Caisse d’Allocations Familiales étant liées à la fréquentation effective), pour les professionnelles qui passent leur temps à attendre et qui ne sont pas pleinement payées en l’absence des enfants mais aussi pour les familles écartées qui, bien qu’ayant une activité professionnelle certaine, jonglent entre les solutions de garde qu’elles peuvent trouver (occasionnelles, ami ou famille ou parfois non déclarées).

Contrairement aux directives de la CAF qui voudraient que la structure répondent à la demande des familles, la Ville persiste à ne pas autoriser les familles à disposer du nombre de jours de congés correspondant à leur situation personnelle et professionnelle. C’est dommage à plus d’un titre car outre le sur-coût pour les familles, cela n’offre pas de possibilités de replacement en structure familiale ou de places en accueil occasionnel et cela fait baisser les taux d’occupation et les subventions.

En dehors de ces critères inavoués, il y a également des pratiques qui ne sont pas publiques !

Les demandes d’accueil en cinq jours ne sont pas prises en charge en accueil collectif alors que c’est la structure qui bénéficie de la plus grande souplesse et de la plus grande amplitude d’accueil. Si votre travail est prenant, il ne vous reste plus qu’à trouver une solution ailleurs ! Mais peut-être la Ville fait-elle un amalgame entre vos contraintes professionnelles et vos ressources et considère que si vous êtes riche, vous pouvez vous passer d’elle ! C’est dommage à double titre : d’une part parce qu’il faut de la mixité sociale dans tous les services aux usagers, d’autre part parce que les financeurs imposent un système de tarification supposé préserver l’égalité dans l’accès aux services.

Pour les mêmes raisons idéologiques, la municipalité a décidé de déplafonner les ressources des familles, ce qui conduit à une tarification qui évolue proportionnellement aux ressources, avec des tarifs qui peuvent, pour certaines familles, atteindre les mêmes montants que chez une assistante maternelle indépendante. Cela pourrait passer pour de la solidarité entre les plus riches – qui payent plus – et les plus pauvres – qui ne payent quasi rien – si la Mairie avait connaissance plus finement des mécanismes de financement de la Caisse d’Allocations Familiales. En effet, les subventions se calculent sur un mécanisme forfaitaire qui déduit les participations familiales. Ce que les familles paient au-delà des plafonds de la CAF vient ainsi en déduction des subventions à percevoir. Autrement dit, ce que les familles riches paient ne profite qu’à la CAF ! Quelle leçon de mauvaise gestion municipale que celle où les plus riches sont matraqués financièrement sans pour autant de gain pour la Ville !

Les enfants souffrant des troubles médicaux le plus lourds sont affectés dans la section d’accueil familial. Ce n’est pas faire injure aux assistantes maternelles que de considérer qu’ils seraient mieux accueillis en structure collective, permettant l’intervention rapide et en toute sécurité des professionnelles qualifiées (comme l’infirmière-puéricultrice par exemple).

Vous constaterez qu’il reste beaucoup à faire pour que l’accueil de la petite enfance profite à tous. Et je n’ai évoqué que ce que la Ville mets en œuvre et pas ce qu’elle pourrait faire pour soutenir les indépendantes eu égard à leur participation au service public de la petite enfance.

La petite enfance doit être au service des familles et non d’un angélisme idéologique
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